La ruée vers l’or

Il y a déjà quelques jours que je suis arrivé à Saugeen River CSA, une ferme pratiquant la biodynamie à 2 heures de route de Toronto. On retrouve la sérénité de la nature et son calme reposant. Maintenant la voiture est officiellement assurée et je peux prendre la route en toute tranquillité. J’étais surpris néanmoins de devoir sacrifier mon permis de conduire français aux autorités canadiennes afin de pouvoir acheter une voiture sur leur territoire. Bon, après tout un permis de conduire, ce n’est qu’un bout de papier, oui mais c’est un bout de papier bien utile, et puis il y a aussi cet attachement sentimental après 12 ans de permis, non, c’est vrai quoi! Quand nous sommes allés effectuer les formalités administratives au licence bureau la semaine dernière, je n’ai pas eut le choix: soit je donnais mon permis français ou soit je ne pouvais pas obtenir de permis canadien et de ce faite acheter une voiture dans ce pays. Alors voilà aujourd’hui, je vais me retrouver avec un joli permis tout neuf taille carte bancaire et infalsifiable paraît-il. Même mon permis international que j’avais fait faire avant de partir de France ne m’a été d’aucun secours ici. Tant pis, avec un peu de vague à l’âme, j’ai donné mon permis rose en carton et j’attends maintenant de recevoir le nouveau. On m’a dit que mon permis français allait être envoyé en France dans quelques mois après certaines vérifications. Bon, bon, bon…un instant que je réfléchisse ??? Ouf, je n’ai pas de casier judiciaire et je ne suis pas poursuivi par la police, ça va, on peut circuler…On peut dire que dans ces cas là, les questions inquisitrices des employés des services du gouvernement ont vraiment le don de nous donner des cheveux blancs (même si les cheveux blancs viendront bien un jour!). Enfin, la voiture surnommée à ce jour Black beauty est fin prête, ça y’ est.

Ce week-end, alors que je me rendais au salon « Biovino » à Toronto – une dégustation de vins issus de l’agriculture biologique et biodynamique dont je parle plus longuement dans la version anglaise du blog – je me suis retrouvé à discuter avec de nombreux vignerons venus des cinq continents. Il y avait The Sadie family d’Afrique du Sud, The Millton vineyard de Nouvelle Zélande, Robert Sinskey de Californie, Southbrook vineyard du Canada, Paxton vineyard d’Australie, Cono Sur du Chili, Domaine Ostertag et La Coulée de Serrant de France et bien d’autres encore. En tout, il y avait environ une quarantaine de domaines représentés. Malheureusement ils ne pouvaient pas tous faire le déplacement à cause du nuage de cendre flottant dans les airs causé par l’éruption du volcan islandais. Néanmoins nous avons longuement échangé avec les uns et les autres sur l’origine d’un vin de qualité. A chaque fois, la réponse était la même: un bon vin se fait d’abord dans la vigne avant de se faire dans la cave. Un vin qui se fait d’abord dans la vigne signifie que le vin est issu d’une plante saine et suffisamment forte pour trouver son équilibre. Les maladies ne sont que le résultats d’un déséquilibre ente la plante et son écosystème. Cette force, elles le trouvent en premier lieu dans le sol, lieu complexe où se passe les odyssées du vivant les plus cruelles et les plus magiques en même temps. Des milliards de micro-organismes, champignons, bactéries, levures, insectes, vers de terre, etc… naissent et meurent à chaque instant et accomplissent un travail de titan. Le sol, nous le voyons tous les jours sous nos pieds mais pourtant il reste une grande énigme.

Longtemps, l’être humain a étanché sa soif et sa faim en explorant de nouveaux continents pour y puiser les ressources naturelles que ceux-ci pouvaient offrir. Sur ces continents, il a découvert de nouvelles espèces d’animaux et de végétaux capables de le nourrir, de l’amuser, ou de le rendre plus riche. Loin de se satisfaire ce ce qu’il pouvait trouver à la surface du sol, il a commencé à creuser la terre pour y découvrir les minerais précieux. Il a aussi découvert l’or noir plus communément appelé pétrole. Le vrai or – bien des paysans vous le diront – ne réside pas dans les puits de forage des pays du golf ou je ne sais quel gisement farouche et inconnu à des milliers de kilomètres. Il existe de l’or qui n’est pas côté en bourse malheureusement (après tout on peut toujours y songer pourquoi pas?) et que les goldens boys de Wall Street ou de la City n’ont certainement jamais vu. Certes il est moins tape à l’oeil, mais il a le pouvoir de donner la vie à des organismes vivants: je veux parler du compost.

C’est là le véritable or dont je veux parler. A Saugeen River CSA, nous avons les jours derniers été amenés à préparer les semis des fleurs et légumes de la saison qui se prépare. On a donc préparé sous la serre les différentes variétés de plantes (environ 80) et le sol qui allait les supporter. Alors, amis jardiniers, prenez notes: dans cette ferme, ils font leur terreau en assemblant de la tourbe, de la chaux, du fumier composté et tamisé au préalable, du vermiculite(silicate de magnésium et d’aluminium) et de la terre très fine. Ça demande les efforts de quelques personnes pour préparer tout cela à la main, mais en compagnie de Cory, Connor, Marike et Andrea, l’activité est agréable. Depuis le début de la semaine, le compost est notre quotidien.

Je voulais parler aussi dans ce billet un peu de biodynamie car j’utilise ce mot fréquemment depuis la création de ce blog. Pour certains, la biodynamie c’est travailler avec les étoiles, pour d’autres c’est avant tout travailler avec le sol , alors cette biodynamie c’est quoi à la fin? On en entend parler mais on ne la voit pas. C’est un peu comme le yéti! (Bon, pas très bon exemple mais je fais ce que je peux) Bien bien bien…En tout cas, c’est un sujet intéressant qui mérite plus que simplement quelques lignes. Pour vous donner l’eau à la bouche, on va commencer par la base: l’origine du mot biodynamie. Comme beaucoup de mots de notre vocabulaire, les racines de ce mot viennent du grec et se décompose de cette façon « bio – vie » et « dynamie – force ». Ainsi, quand on parle d’une ferme biodynamique, on parle d’une ferme qui prend en considération les forces de vie. Il n’y a rien de mystique ou de new-age là dedans. Car si on regarde de plus près chez nos voisins asiatiques, les chinois appellent ces forces de vie le Qi et les Hindous le Prana. Et c’est devenu au goût du jour pour l’occidental en quête de bien-être de prendre des cours de Qi-Qong ou de Yoga (dans ce dernier est utilisé le Pranayama, exercice de respiration très puissant vieux de plusieurs millénaires).

Je dirai seulement pour terminer que la biodynamie consiste à accompagner la nature en apprenant à lire ce livre qu’elle nous tend sous les yeux tous les jours. Le nouvel or noir dont je parlais plus haut, on le retrouve aussi dans une des bases d’une préparation biodynamique ( utilisée en pulvérisation, diluée dans de l’eau de pluie et dynamisé) qui consiste à laisser pendant tout l’hiver une corne de vache rempli de bouse enterré dans le sol. Après six mois, la bouse s’est transformé en humus à l’odeur agréable 80 fois plus riche en micro-organismes qu’au départ. Que s’est-il passé pendant ces six mois? On aura l’occasion d’en reparler dans une prochain billet.

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Published in: on 28 avril 2010 at 22:37  Laisser un commentaire  
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