A chaque « winery » où je me suis rendu jusqu’à présent dans cette région de la péninsule du Niagara, je suis toujours surpris par l’efficacité de la communication.
Au Canada, ils mettent les moyens pour accueillir les clients proprement et les visuels sont toujours remarquables, aussi bien les logos que les étiquettes. Le design est toujours original. Souvent, les domaines qui en jettent le plus sur l’aspect visuel avec de grands stands dans les salons et les foires au vin sont en réalité ceux qu’il faut éviter. C’est une règle qui s’avère commune dans le monde du vin. Alors, devant les importants moyens financiers dans les vignobles du Canada, je mets l’accent sur la visite directe dans le vignoble pour me faire une idée du travail en amont et vérifier par moi-même la véracité de la communication.
Arrivé au bord de la voie rapide QEW qui rejoint Hamilton à Niagara sur les berges sud du Lac Ontario , on tombe tout de suite sur les chais du Clos Jordanne, aménagés dans d’anciens bâtiments destinés à l’horticulture. On trouve encore les quais de livraisons et les chambres froides, tout réadapté pour accueillir non plus des plantes et des fleurs mais des cuves et des barriques vouées à l’élaboration des vins du domaine. Je rencontre tout d’abord Thomas Bachelder, viniculteur ainsi qu’il est écrit sur sa carte de visite. Il est québécois. Une fois les présentations faites, il m’invite à rencontrer son assistant Sébastien Jacquey, un français de la région de Sancerre. Le courant passe bien. C’est avec lui que je ferai la visite. Occupé à préparer une commande pour une expédition de vins sur la chaîne d’emballage, je patiente quelques courts instants avant de monter dans le pick-up : destination les vignes.
Les vignes sont situées sur l’escarpement Est-Ouest de la péninsule du Niagara, conférent aux vignes un microclimat ventilé et bien ensolleillé avec la réverbération des rayons du soleil grâce au lac Ontario. Le domaine est divisé en quatre terroirs distincts : Clos Jordanne, Clay Stone, La Petite et Talon Ridge.
Les vignes sont certifiées agriculture biologique depuis 2005. Sébastien me confirme l’avancement de la saison cette année : ils ont trois semaines d’avance. Le domaine s’inspire du modèle bourguignon et la sélection parcellaire est de mise. Ils utilisent les levures indigènes et avouent aussi acidifier légèrement les vins.
Les sols sont travaillés mécaniquement seulement depuis récemment. Auparavant, il y avait une équipe d’une cinquantaine de personnes pour effectuer ce travail à la pioche : tous des immigrés mexicains. Sur un domaine d’une cinquantaine d’hectares, cela fait un bon nombre de coups de pioche à donner ! Dans les vignes jusqu’à présent au cours de mes visites, je n’ai jamais vu de canadien effectuer ce travail. Soit des jamaicains ou des mexicains, et à chaque fois soit l’un ou soit l’autre mais jamais mélangés. A première vue, le sol ressemble à de l’argile pure et dure, mais Sébastien me dit qu’il n’en est rien et que nous marchons en faite sur un sol limoneux très fin. Les préparations biodynamiques 500 (bouse de corne) et 501 (silice) sont utilisées sur le domaine et ils commencent à utiliser la prêle bientôt.

Mise au point de la "herse en patte d'oie" pour travailler les sols et couper les racines des herbes sans retourner le sol
Depuis 2007 au Clos Jordanne, Sébastien a d’abord fait ses classes à Sancerre, Bordeaux, en Bourgogne et à Lyon avant d’arriver au Canada, pays qu’il apprécie particulièrement.
Nous terminerons la visite dans les chais par une dégustation sur barriques du millésime 2009 en blanc et en rouge. La comparaison des mêmes vins mais avec des barriques d’origines différentes met l’accent sur la précision de la vinification. Dans l’ensemble, les vins expriment une belle minéralité et un fruit bien intégré avec le passage en barriques.
J’ai une préférence pour les vins rouges que j’ai trouvé avec plus de caractère et d’originalité. Les cépages sont majoritairement bourguignons avec l’utilisation du Chardonnay et du Pinot Noir. C’est d’ailleurs le négoce bourguignon Boisset qui est propriétaire du domaine. Le rouge La Petite 2009 issu du Pinot Noir élévé dans une barrique de un vin retient mon attention. C’est un rouge structuré avec un grain fin, où le fruit est respecté et où le bois se marie bien, féminin, très digeste, rafraîchissant, délicat et doté d’une jolie structure agréable en bouche. Le millésime 2009 était un millésime « facile », selon les termes de Sébastien.








